Investir son argent tout en contribuant à une économie plus durable : c’est la promesse de l’investissement socialement responsable. Mais face à la multiplication des fonds qui se revendiquent « verts » ou « responsables », comment distinguer les placements réellement engagés des simples opérations de communication ? C’est précisément pour répondre à cette question que le label ISR a été créé.
Qu’est-ce que le label ISR ?
Le label ISR, pour Investissement Socialement Responsable, est un label d’État créé en 2016 par le ministère de l’Économie et des Finances. Son objectif est simple : permettre à chaque épargnant d’identifier facilement les fonds d’investissement qui intègrent dans leur gestion des critères allant au-delà de la seule performance financière.
Ces critères supplémentaires sont appelés critères ESG, pour Environnemental, Social et de Gouvernance. Un fonds labellisé ISR ne sélectionne pas les entreprises uniquement sur leur rentabilité : il évalue aussi leur politique environnementale, le respect de leurs salariés et la qualité de leur gouvernance interne. L’État reste propriétaire du label et décide de ses évolutions. L’attribution et le contrôle des fonds candidats sont en revanche confiés à trois organismes d’audit indépendants : Afnor Certification, Deloitte et EY France.
Ce que couvrent les critères ESG
Les critères environnementaux portent sur la gestion des déchets, la réduction des émissions de gaz à effet de serre, la maîtrise de la consommation énergétique et la prévention des risques industriels. Les critères sociaux incluent le respect du droit des salariés, la politique de dialogue social, la parité, l’accueil des personnes en situation de handicap et la prévention des accidents du travail. Les critères de gouvernance concernent la transparence de la direction, la composition des conseils d’administration, la politique de rémunération des dirigeants et la lutte contre la corruption.
Un fonds labellisé ISR doit apporter des preuves concrètes de la qualité durable de ses investissements, pas seulement des engagements ou des déclarations d’intention. Le référentiel du label repose sur six piliers : la définition des objectifs ESG, l’analyse des critères extra-financiers, la construction du portefeuille, la politique d’engagement et de dialogue avec les entreprises, la transparence envers les investisseurs, et le suivi des performances ESG dans le temps.
La réforme de 2024 : un label plus exigeant
Le label ISR a été profondément réformé en mars 2024, avec l’entrée en vigueur du nouveau référentiel V3. La principale nouveauté est l’exclusion des entreprises liées aux énergies fossiles : les fonds ISR ne peuvent plus investir dans des sociétés qui exploitent du charbon ou des hydrocarbures non conventionnels, ni dans celles qui lancent de nouveaux projets d’exploration, d’exploitation ou de raffinage de pétrole ou de gaz.
Cette réforme répond à une critique récurrente : les premières versions du label permettaient à des fonds d’être labellisés tout en détenant des actions de grandes compagnies pétrolières, ce qui créait une confusion avec le greenwashing. La lutte contre le changement climatique est désormais un principe fondateur du label, avec un objectif d’alignement progressif des portefeuilles sur les accords de Paris.
Depuis 2026, 15 % des portefeuilles des fonds ISR doivent être investis dans des secteurs à fort impact climatique disposant de plans de transition crédibles. Ce seuil sera progressivement relevé chaque année, renforçant l’ambition climatique du label dans la durée.
Les différentes stratégies d’investissement ISR
Tous les fonds labellisés ISR ne fonctionnent pas de la même façon. Plusieurs approches coexistent. L’approche best-in-class consiste à sélectionner les meilleures entreprises de chaque secteur d’activité sur les critères ESG, sans exclure a priori un secteur entier. C’est la stratégie la plus répandue : elle permet de conserver une diversification sectorielle tout en orientant les capitaux vers les acteurs les plus vertueux de chaque industrie.
L’approche par exclusion consiste à écarter de l’univers d’investissement certaines entreprises ou certains secteurs jugés incompatibles avec les critères ESG : armement controversé, tabac, jeux d’argent, mais désormais aussi énergies fossiles depuis la réforme de 2024. L’impact investing va encore plus loin : il s’agit d’investir dans des entreprises ou des projets qui cherchent à générer un impact social ou environnemental mesurable et positif, souvent dans le non coté.
Dans quels placements peut-on trouver le label ISR ?
Le label ISR s’applique à une large gamme de produits d’investissement. Les OPCVM (Sicav et FCP) investis en actions et en obligations sont les supports les plus nombreux à porter le label. Les SCPI et OPCI peuvent également être labellisés ISR depuis 2020, une avancée importante pour les épargnants qui souhaitent allier investissement immobilier et engagement responsable.
Ces fonds se retrouvent dans plusieurs enveloppes fiscales accessibles aux particuliers. Depuis la loi Pacte de 2019, tous les contrats d’assurance vie doivent proposer au minimum un fonds labellisé ISR parmi leurs unités de compte, ce qui a considérablement développé l’offre. Les fonds ISR sont également accessibles via un PEA, un compte-titres ou l’épargne salariale (PEE, PERCO). Les encours intégrant des critères ESG dépassaient 800 milliards d’euros en France début 2025, témoignant d’un intérêt croissant des épargnants pour ce type de placements.
Label ISR ou label Greenfin : quelle différence ?
Ces deux labels sont souvent confondus mais ils ne répondent pas aux mêmes objectifs. Le label ISR est généraliste : il couvre l’ensemble des critères ESG environnementaux, sociaux et de gouvernance. Il peut inclure des entreprises en transition énergétique, y compris dans le secteur nucléaire. Le label Greenfin est exclusivement orienté vers la transition énergétique et écologique : il exclut totalement le nucléaire et les énergies fossiles, et vise des fonds directement engagés dans le financement de l’économie verte. En début 2025, 108 fonds portaient le label Greenfin pour un encours de 35 milliards d’euros, bien loin des volumes atteints par le label ISR.
Les fonds ISR sont-ils performants financièrement ?
C’est la question que se posent tous les épargnants avant d’investir. La réponse est positive. Selon une étude Epsor de 2025, après la réforme du référentiel, les fonds ISR ont amélioré leur score d’impact de 6 points et réduit leur empreinte carbone de 10 %, sans compromettre leur performance financière. Les entreprises bien notées sur les critères ESG ont tendance à mieux gérer leurs risques opérationnels, réglementaires et de réputation sur le long terme, ce qui se traduit généralement par une meilleure résilience en période de crise.
Investir dans des fonds labellisés ISR ne signifie donc pas sacrifier le rendement au profit de l’impact. Cela signifie orienter son épargne vers des entreprises mieux positionnées pour affronter les défis économiques, environnementaux et sociaux des prochaines décennies, tout en visant une performance financière comparable aux placements traditionnels.
Avant d’investir dans un fonds ISR, il est conseillé de lire attentivement les documents d’information clés (DIC) qui précisent la stratégie ESG réellement mise en œuvre. Tout investissement comporte un risque de perte en capital.