Aucune loi n’interdit de donner de l’argent à vos enfants ou petits-enfants. Mais tout don d’une certaine importance doit être déclaré, même s’il n’entraîne aucun droit à payer. Depuis le 1er janvier 2026, cette déclaration s’effectue obligatoirement en ligne sur impots.gouv.fr. Ne pas déclarer expose à des régularisations lors d’un contrôle fiscal ou à l’ouverture de la succession. Voici les mécanismes exacts, les montants cumulables et les pièges à éviter.
Le présent d’usage : aucune déclaration si le montant est proportionnel
Le présent d’usage est un cadeau offert à l’occasion d’un événement précis : anniversaire, mariage, naissance, diplôme, Noël. Aucune déclaration, aucun droit de donation.
La condition : la somme doit rester proportionnelle au patrimoine et aux revenus du donateur. La loi ne fixe pas de plafond en euros. L’administration fiscale retient en pratique une limite autour de 2% du patrimoine ou 2,5% des revenus annuels. Un parent avec 500 000€ de patrimoine peut offrir 5 000€ pour un mariage sans formalité. La même somme d’un retraité avec 30 000€ d’épargne peut être requalifiée en donation taxable.
L’exonération des dons familiaux de sommes d’argent : 31 865€
Cette exonération, prévue à l’article 790 G du CGI, s’applique aux dons en numéraire (virement, chèque, espèces) effectués de parent à enfant, ou de grand-parent à petit-enfant majeur. Deux conditions :
- Le donateur doit avoir moins de 80 ans au moment du don
- Le bénéficiaire doit être majeur ou émancipé
Le plafond est de 31 865€ par donateur et par bénéficiaire, renouvelable tous les 15 ans. Ce mécanisme est cumulable avec les abattements personnels. À noter que cela va bien au-delà du montant maximum que l’on peut donner sans déclaration aux impôts dans le cadre d’un simple don manuel.
L’abattement personnel : 100 000€ entre parent et enfant
Chaque parent dispose d’un abattement de 100 000€ par enfant, renouvelable tous les 15 ans. Au-delà, les droits de donation sont calculés selon le barème progressif en ligne directe (5% à 45%). Pour les petits-enfants, l’abattement est de 31 865€ par grand-parent et par petit-enfant. Pour les arrière-petits-enfants, il tombe à 5 310€.
En cumulant l’exonération des dons familiaux et l’abattement personnel, un parent de moins de 80 ans peut transmettre à chaque enfant sur 15 ans :
- 31 865€ (exonération don familial)
- + 100 000€ (abattement personnel)
- = 131 865€ au total sans aucun droit de donation
Pour deux parents, ce plafond double : 263 730€ par enfant sans droits sur 15 ans. Si vous envisagez une transmission plus structurée, notre article sur les frais de notaire pour une donation vous donnera une vision claire des coûts selon la forme choisie.
L’exonération temporaire immobilier et rénovation énergétique : jusqu’à 100 000€
Entre le 15 février 2025 et le 31 décembre 2026, une mesure exceptionnelle permet de donner jusqu’à 100 000€ par donateur au même bénéficiaire sans aucun droit, sous deux conditions :
- Les fonds doivent être utilisés dans les 6 mois suivant le don
- Pour l’achat d’une résidence principale (neuve ou en VEFA) ou pour des travaux de rénovation énergétique sur la résidence principale du bénéficiaire propriétaire
Le bien doit être conservé comme résidence principale pendant 5 ans. Cette exonération s’applique aux enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants, ou aux neveux et nièces en l’absence de descendants. Aucune condition d’âge n’est imposée au donateur dans ce cas précis.
Ce que vous pouvez cumuler selon votre situation
Les trois mécanismes (exonération don familial, abattement personnel, exonération temporaire immobilier) peuvent se cumuler. Un parent de 65 ans peut transmettre à son enfant :
- 100 000€ via l’exonération immobilier temporaire
- 100 000€ via l’abattement personnel
- 31 865€ via l’exonération des dons familiaux
- Total : 231 865€ sans aucun droit
Si la transmission porte sur un bien immobilier plutôt que sur des liquidités, le barème de l’usufruit et de la nue-propriété s’applique pour calculer la valeur fiscale transmise, ce qui peut encore réduire l’assiette taxable. Pour les transmissions plus importantes, notre article sur la donation de son vivant après 70 ans précise les règles spécifiques à cette tranche d’âge.
La déclaration est obligatoire même sans droits à payer
Depuis le 1er janvier 2026, tout don important doit être déclaré en ligne sur impots.gouv.fr. La démarche est à la charge du donataire (celui qui reçoit), pas du donateur :
- Connexion à l’espace personnel sur impots.gouv.fr
- Rubrique « Déclarer », puis « Déclarer un don ou une cession de droits sociaux »
- Renseigner la nature et le montant du don
La déclaration est obligatoire même si aucun droit n’est dû. Elle fait courir le délai de 15 ans pour le renouvellement des abattements. Un don non déclaré peut être détecté lors d’un contrôle fiscal ou à l’ouverture de la succession, avec application de majorations. Les petits cadeaux d’usage (argent de poche, étrennes, cadeaux d’anniversaire proportionnels) ne sont pas concernés.
FAQ sur les sommes que l’on peut donner sans déclaration
Un enfant peut-il cumuler les dons de ses deux parents et de ses quatre grands-parents ?
Oui. Les plafonds s’appliquent par donateur. Un enfant peut recevoir 131 865€ de chaque parent (soit 263 730€ des deux), plus 63 730€ au titre de l’exonération des dons familiaux de ses deux parents, et 127 460€ de ses quatre grands-parents (31 865€ x 4), le tout sur une période de 15 ans.
Un virement bancaire entre parents et enfants peut-il être requalifié en donation ?
Oui. Un virement sans contrepartie ni remboursement prévu peut être requalifié en donation taxable par l’administration fiscale, notamment à l’ouverture d’une succession. Pour sécuriser le transfert, il faut le déclarer dans le délai d’un mois et conserver les justificatifs.
La donation avec réserve d’usufruit entre-t-elle dans les mêmes abattements ?
Oui. L’abattement de 100 000€ par parent et par enfant s’applique quelle que soit la forme de la donation. Seule la base de calcul diffère pour la donation démembrée : les droits portent sur la seule nue-propriété transmise, valorisée selon le barème de l’article 669 du CGI.
Faut-il passer chez le notaire pour donner de l’argent à ses enfants ?
Non, pas pour un don manuel (virement, chèque, espèces). Le notaire est requis uniquement pour les donations portant sur des biens immobiliers ou pour les donations-partages. Pour les dons d’argent, la déclaration en ligne sur impots.gouv.fr suffit, accompagnée du paiement des droits si le montant dépasse les abattements disponibles.