CARMF : guide complet de la caisse de retraite des médecins

La CARMF est la caisse obligatoire qui gère la retraite et la prévoyance des médecins libéraux français. Elle pilote trois régimes empilés : la retraite de base, la retraite complémentaire et l’allocation supplémentaire vieillesse (ASV). Beaucoup de praticiens cotisent 30 ou 40 ans sans connaître précisément le calcul de leur future pension, les seuils déclencheurs ou les leviers d’optimisation. Cet article démonte le fonctionnement de la CARMF avec les chiffres 2026 et les pièges à éviter pour ne pas découvrir trop tard une décote ou des points perdus.

Qui est obligatoirement affilié à la CARMF ?

L’affiliation est automatique et obligatoire pour tout médecin exerçant une activité libérale en France métropolitaine, dans les DOM ou à Monaco. Cela inclut les installations en cabinet, les remplacements, les expertises pour assurances ou laboratoires, le secteur privé à l’hôpital, l’exercice en société d’exercice libéral et même les étudiants en médecine effectuant des remplacements sous licence.

Les médecins salariés cotisent au régime général et à l’Agirc-Arrco, pas à la CARMF. En cas d’exercice mixte (libéral + salarié), la double cotisation s’applique. Le statut de remplaçant occasionnel ne dispense pas de l’affiliation, contrairement à une idée répandue chez les jeunes praticiens.

Les trois régimes empilés de la retraite des médecins

La CARMF n’est pas un régime monolithique. Elle gère trois étages distincts, avec des règles de calcul différentes.

Le régime de base CNAVPL

Géré opérationnellement par la CARMF mais administré par la CNAVPL, ce régime fonctionne en points. Les cotisations 2026 s’élèvent à 8,23% jusqu’à 1 PASS (48 060€) puis 1,87% entre 1 et 5 PASS. Pour les médecins de secteur 1, l’Assurance maladie prend en charge une partie des cotisations.

Le régime complémentaire vieillesse

Spécifique aux médecins libéraux, il représente en moyenne près de 45% de la pension totale du médecin. La cotisation 2026 correspond à 11,80% des revenus dans la limite de 3,5 PASS (164 850€), plafonnée à environ 16 814€. Un médecin accumule 1 point par tranche de revenu de 15 089€, dans la limite de 10 points par an. La valeur du point complémentaire est de 77,14€ au 1er janvier 2026.

L’Allocation Supplémentaire Vieillesse (ASV)

Réservée aux médecins conventionnés, l’ASV est souvent le régime le plus rentable pour les secteur 1. Les caisses d’assurance maladie financent deux tiers de la cotisation pour ces praticiens. La valeur du point ASV est de 11,82€ au 1er janvier 2026. Pour un médecin secteur 1 conventionné, l’ASV peut représenter 30 à 35% de la pension finale.

Comment se calcule la pension CARMF

La retraite complémentaire suit une formule simple : Pension = Nombre de points × Valeur du point × Taux de pension. Le nombre de points figure sur l’appel de cotisations annuel. Un médecin avec 5 000 points complémentaires touche 5 000 × 77,14€ = 385 700€ par an au taux plein, soit environ 32 100€ bruts mensuels. Ce calcul s’applique uniquement à la complémentaire, à laquelle s’ajoutent la base et l’ASV.

Pour la pension de base, le calcul est différent : il combine durée d’assurance, points acquis et taux de liquidation. Le relevé de carrière est l’outil indispensable pour vérifier que tous les trimestres et points sont bien comptabilisés avant la liquidation.

Âge de départ et décote en 2026

L’âge légal de départ à la base CARMF est aligné sur le régime général. Depuis la réforme du 1er septembre 2023, l’âge légal passe progressivement de 62 à 64 ans à raison de 3 mois supplémentaires par génération. Pour la complémentaire CARMF, l’âge à taux plein est fixé à 65 ans, avec possibilité de départ anticipé dès 60 ans dans certains cas.

En cas de départ anticipé pour convenance personnelle entre 60 et 65 ans, la décote est de 1,25% par trimestre manquant, dans la limite de 20 trimestres (soit 25% maximum). C’est une minoration qui s’applique à vie. Une majoration de 10% est en revanche accordée aux médecins ayant eu ou élevé au moins 3 enfants.

Combien touche en moyenne un médecin retraité ?

La pension mensuelle moyenne CARMF est d’environ 2 966€ bruts en mars 2025, tous régimes confondus. La décomposition typique de cette pension est :

  • 21% au titre du régime de base CNAVPL
  • 44% au titre du régime complémentaire CARMF
  • 35% au titre de l’ASV pour les médecins conventionnés

Un médecin secteur 1 avec 40 ans de carrière et un revenu moyen de 90 000€ touche une pension nettement supérieure à celle d’un médecin ayant exercé en secteur 2 sans ASV. La pension de réversion moyenne pour le conjoint survivant tourne autour de 1 152€ par mois, ce qui reste faible face au train de vie habituel d’un foyer de praticien.

Les leviers pour augmenter sa retraite de médecin

La pension CARMF reste insuffisante seule pour maintenir le niveau de vie d’un médecin actif. Les leviers d’optimisation sont nombreux :

  • Le rachat de trimestres : utile pour les années d’études, de remplacement non cotisé ou de carrière incomplète, dans la limite de 12 trimestres
  • Le report d’âge : décaler son départ de 1 à 4 ans déclenche une surcote significative sur la base
  • Le Plan Épargne Retraite individuel : déductible du revenu imposable jusqu’à 87 135€ pour les TNS en 2025, c’est le levier le plus puissant pour un médecin en tranche marginale élevée
  • Les revenus locatifs ou les SCPI logées en assurance vie pour générer une rente complémentaire
  • L’assurance vie : pour préparer la transmission et compléter ses revenus à la retraite via rachats programmés. Le rendement d’une assurance vie reste un point clé à arbitrer

Les erreurs classiques des médecins face à leur retraite

La première erreur est de découvrir ses droits trop tard, souvent à 5 ans du départ. Un médecin qui n’a pas vérifié son relevé de carrière peut découvrir des trimestres manquants impossibles à racheter dans des délais raisonnables. Vérifier ses droits dès 50 ans permet de corriger les erreurs et d’arbitrer entre rachat, report et épargne.

La deuxième erreur concerne le passage en secteur 2 : abandonner le conventionnement secteur 1 fait perdre les deux tiers de la cotisation ASV financés par l’Assurance maladie. Sur une carrière, l’écart peut dépasser 200 000€ de cotisations à charge pleine. La troisième erreur est de négliger le PER pendant les années à fort revenu, alors que la déduction fiscale peut atteindre 45% du versement pour un médecin en TMI 41%.

FAQ sur la CARMF

Quel est le montant moyen de la retraite d’un médecin libéral en 2026 ?

La pension mensuelle moyenne tous régimes confondus est d’environ 2 966€ bruts en 2025, avec des disparités importantes selon le secteur conventionnel et la durée de carrière. Cette moyenne ne reflète pas le revenu d’activité du praticien et chute fortement après prélèvements.

Peut-on cumuler emploi et retraite CARMF ?

Oui, le cumul emploi-retraite est possible pour les médecins libéraux, sous deux formes : intégral (sans plafond de revenu si la pension est liquidée à taux plein) ou plafonné. Depuis septembre 2023, le cumul intégral peut générer de nouveaux droits à la retraite sous conditions.

Comment racheter des trimestres pour la CARMF ?

Le rachat se demande directement auprès de la CARMF pour la base (rachat Madelin) et auprès de l’Assurance retraite pour les périodes d’études supérieures. Le coût dépend de l’âge, du revenu et du nombre de trimestres rachetés. Une simulation est indispensable avant tout versement.

Que se passe-t-il en cas de décès d’un médecin retraité ?

Le conjoint survivant peut bénéficier d’une pension de réversion CARMF si les conditions de mariage et d’âge sont remplies. Une rente survie complémentaire est versée par le régime ASV pour les médecins conventionnés. La pension de réversion moyenne avoisine 1 152€ par mois.

La réforme des retraites 2023 a-t-elle modifié la CARMF ?

Oui, l’âge légal de départ à la base CARMF est aligné sur celui du régime général et passe progressivement de 62 à 64 ans. Le nombre de trimestres requis pour le taux plein évolue également. La complémentaire et l’ASV restent gérées selon les règles propres à la CARMF, indépendamment de la réforme générale.

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